31.12.2006

Adieu 2006

Coup de vent sur la Bretagne, un temps à bouquiner au coin du feu...
Arrêtons là notre petite histoire pour faire un retour en arrière de 100 ans... dans le domaine radio. Riche cette fin d'année 1906 !

- La conférence UIT de Berlin adopte le signal SOS et la fréquence 500 kHz qui sera veillée par les stations
côtières. Si la radio a permis beaucoup de choses, cette fréquence a sauvé des milliers de gens...

- Fin décembre 1906 le canadien Reginald Fessenden tente la première liaison transatlantique en phonie entre le Massachusetts et l'Ecosse. Hélas l'antenne écossaise n'a pas résisté à la tempête. Il lance alors un programme musical qui sera capté par plusieurs navires ... La radiodiffusion est née.

- A cette même époque l'américain Lee de Forest (1873-1961) eut l'idée d'ajouter une troisième électrode dans la lampe de J.Flemming. Il baptisa son invention l'Audion. La triode était née !
Ce soir, à l'heure de l'apéritif, levez votre verre en pensant quelques instants à lui. On lui doit bien cela.

Et que 2007 soit un bon cru !

26.12.2006

Sur le "Rhinocéros"

Le Commandant, appelé aussi respectueusement "Pacha", "Vieux" et même "Tonton" dans la Marine, se nommait Paul Capitaine, d'où de nombreux quiproquos. C'était à l'époque un "2 galons", ancien des Forces Françaises Libres. Il avait commencé comme matelot manoeuvrier. Parmi ses qualités, il en possédait une grande, celle de se souvenir de ses débuts. C'est assez rare pour le signaler. Ses relations avec les "petits" étaient de ce fait excellentes.

Après le repas du midi (assez frugal dans l'ensemble !) Marcel le quartier-maître et moi remontions au poste radio écouter la bande 40m. Nous étions souvent rejoints par Pierre, timonier du bord, inscrit maritime (il naviguait à l'époque sur les navires câbliers), intéressé par le trafic amateur.
Un beau jour, la porte du poste radio s'ouvrit et le Pacha me trouva... le micro à la main. Conscient des risques encourus j'expliquai tout... "Mais, c'est très intéressant, cela me rappelle le film Si tous les gars du monde..."
Par la suite, c'est quelquefois à sa demande que nous remontions au poste suivre le trafic OM.
Je crois qu'il était bien content d'avoir à son bord des radios aimant vraiment leur métier.

Entre deux sorties en mer nous étions amarrés sous le "grand pont" reliant Brest à Recouvrance. Chaque matin, entraînement lecture au son et trafic pour tous les radios de Brest. Le "tram" de Casablanca nous emmenait à 140/150 lettres à la minute. Pas de quoi se vanter, un entraînement régulier, c'est tout. Si vous êtes pugnace vous y parviendrez aussi.

L'après-midi était consacré à l'entretien du PC radio et de la mise à jour des documents. J'avais obtenu l'autorisation de travailler ce satané "2ème classe PTT" qui restait l'objectif premier.
En juin 1957, je sollicitai une semaine de permission pour passer cet examen à Paris. le Commandant me l'accorda en ajoutant "Si tu es reçu, je te ferais cadeau de ces jours de perm'...". Cette fois je fus reçu. Il tint parole.
Il ne me restait plus qu'à m'inscrire au cours de licence Marine Marchande, dispensé par l'école de la rue de la Lune à Paris. Par correspondance bien entendu.
Plus question de radio mais de navigation, de météo, de sécurité et même de rudiments de médecine. Ces cours furent grandement facilités par la présence à bord de deux lieutenants au long cours de la Compagnie Maritime des Chargeurs Réunis, effectuant comme moi leur service militaire. J'ai eu sous la main deux profs pour répondre à mes (nombreuses) questions. L'un deux, René Lucas, fut SWL. Hélas la maladie l'empêcha de devenir OM. Salut René !

Le samedi il nous arrivait d'aller fouiner en compagnie de Léon F8JE, alors chef de la Section REF Bretagne, chez un casseur brestois de ses amis. Le patron nous faisait cadeau des lampes et appareils de mesures, seuls les métaux étaient payants.
Combien de courts-circuits avons-nous provoqués lors du branchement des transfos récupérés après un séjour prolongé dans l'humidité, voire même dans l'eau...

J'avais obtenu rapidement l'autorisation de "découcher" pour jouir d'une chambre en ville à Recouvrance, au 13 rue Borda pour être précis, puis à l'hôtel Armorique et utiliser ma station que j'avais transférée. L'antenne, intérieure, ne facilitait guère le DX !

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807 au PA, le BC312 et une antenne intérieure. La carte Europe/Afrique du Nord suffisait pour pointer nos QSO !


L'origine des courts-circuits dus à nos essais (nocturnes pour minimiser les perturbations !) fut découverte par la brave femme de ménage qui faillit un jour briser son balai en ramenant de sous le lit ... un très gros transformateur !
Le patron nous demanda gentiment, mais fermement, de limiter au maximum nos essais.

Le monde est petit (je me répète, mais c'est vrai !). En 1957 le commandant de la police brestoise était Antoine Seiller... F3GH. J'allais souvent trafiquer depuis sa station, bien mieux située que la mienne. Je devins donc ... bien connu des policiers brestois. Certains soirs, à la sortie du cinéma, il m'est arrivé d'être aimablement ramené à bord dans le "panier à salade", ce qui fit jaser quelques collègues, s'interrogeant sur mes activités occultes !

Durant ces années troublées, les contrôles étaient fréquents. Un beau jour, de garde à la coupée (les radios comme les autres effectuaient leur tour de garde), deux "civils" me demandèrent de les mener au Commandant.
Quelques minutes plus tard, le Pacha me fit relever en me demandant de bien vouloir suivre ces "Messieurs". Direction la chambre en ville pour vérification de la station, dans le cadre d'une opération anti-pirates de la DST. Mon premier carnet de trafic conserve la marque du tampon de contrôle. La soirée se termina dans une crêperie où nous avait rejoint F3GH.
Cet intermède ne fit que renforcer la suspicion de certains à mon égard...

22.12.2006

Départ pour la "Royale"

Le 15 mars 1956 j'ai rendez-vous à Rennes avec la Marine Nationale. Six semaines de classes à Pont-Réan. Pas de radio mais des activités diverses et variées comme la marche, le canotage sur la Vilaine, la garde de nuit et même l'incinération des pansements de l'infirmerie. Même en plein air, soumis au vent tourbillonnant, la vigilance s'impose !

Le 1er mai, j'ai la chance d'être affecté comme Radio sur le remorqueur de haute mer "Rhinocéros". Je dis chance car pas mal de collègues appelés vont vers l'Algérie. Certains ne reviendront pas.
A l'époque le "chien de garde" du secteur est l'Abeille 26, secondé par trois remorqueurs de la Royale. L'Hippopotame, l'Eléphant et le Rhinocéros. Comme les deux premiers nommés sont au charbon, c'est bien souvent le "Rhino" qui sort dans l'urgence en raison de sa propulsion au mazout.

Trois opérateurs radio (car veille continue à la mer). Un second-maître, un quartier-maître et votre serviteur. Le monde est petit, Marcel, le quartier-maître, est un ancien de l'école de radio d'Erquy dirigée par F8XY où il opéra comme second opérateur !

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Le "Rhinocéros". 800 tonneaux,
40 m de long. Une quarantaine d'hommes à bord.



Les jours de navigation sont rares. L'ennui c'est que la plupart du temps l'appareillage se fait très vite et par mauvais temps. Il faut "sortir" pour escorter ou remorquer ceux qui, par accident ou victimes d'incidents, ne peuvent rentrer seuls.

La veille s'effectue sur 500 kHz et 2182 kHz en liaison avec le Conquet-Radio et le bateau en détresse, ainsi que sur différentes fréquences militaires. Quelquefois une liaison VHF avec le Lancaster de la base aéronavale de Lann Bihoué (Lorient) qui nous indique la route. Eh oui, il n'est pas toujours facile de repérer un chalutier de quelques mètres de long dans des vagues atteignant parfois les 10 mètres ! C'est là que j'ai conquis mes galons de "Membre Donneur" décerné par les poissons du large de l'île d'Ouessant, mon estomac de terrien n'étant vraiment pas celui d'un vieux loup de mer...

C'est dans ces conditions qu'il fallait trafiquer... Cramponné au fauteuil, malade, plus question de transmission automatique bien cadencée à S9, mais des signaux parfois faibles, soumis au QSB et au QRM, manipulés à la main...
Pas question d'avoir un doute sur une position ou la valeur d'un cap à suivre, les conséquences auraient été fâcheuses voire dramatiques.
Ma modeste expérience du trafic amateur, qui n'atteignait pas à l'époque l'intensité et la consistance des "pile-up" actuels, m'a beaucoup aidé.

14.12.2006

Mes Parrains

L'admission au Réseau des Emetteurs Français nécessitait d'être parrainé par deux membres de l'association. Janvier 1956, je deviens REF 9258. Mes deux Parrains, F9AH et F3PR étaient complémentaires. Plus de 50 ans après je pense toujours à eux car, hélas ils sont l'un et l'autre, disparus.

En 1955, peu de clubs et le Parrain était indispensable pour se lancer.
Je suis parfois étonné, surtout à notre époque de communication, de la forme des appels et quelquefois du fond de certains QSO. J'ai l'impression que certains sont complètement déconnectés, ne lisent aucune revue amateur ou ne fréquentent aucun radio-club...

Mais revenons à ceux qui m'ont initié.

Pierre, F3PR, était un Amateur, un vrai, c'est-à-dire quelqu'un dont les activités professionnelles n'étaient pas radioélectriques et qui mettait un point d'honneur à réaliser ses équipements. Pour autant Pierre ne détestait pas la CW qu'il adorait, ni les essais TV. Ses réalisations mécaniques étaient des exemples. Je lui dois beaucoup même si ses efforts et conseils n'ont pas toujours été, dans ce domaine, couronnés de succès.

Roger, F9AH était un ancien opérateur radio professionnel. Un virtuose de la CW, en un mot une "grande oreille". BC312 en réception, la classique 807 au final (500 V/40 mA !) et un doublet puis une verticale. Son "tableau de chasse" était éloquent. Quelques 220 pays DXCC...

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Sur une planchette 4 manipulateurs côte à côte : une "pioche", un double contact (lame de scie !), un Vibroplex et le manip électronique de l'époque, le OZ7BO du nom de son créateur, équipé bien entendu de lampes ! Roger s'amusait souvent, en me regardant du coin de l'oeil, à répondre à un CQ en manipulant le F sur la pioche, le 9 sur l'électronique, le A sur le double ... Très fort celui qui aurait détecté une différence de cadence... Un pianiste !
Le filtre 100 Hz ne fleurissait pas sur le BC312 et j'ai longtemps pensé que je ne pourrais jamais extraire le petit signal DX enfoui sous les autres dans les 3 ou 4 kHz (je suis optimiste !) de bande passante du récepteur. Merci Roger pour ces leçons de trafic.

Les morts ne sont pas morts tant que les vivants pensent à eux (Proverbe Malgache).

06.12.2006

1956 commence bien !

L'année 56 (l'année de mes 20 ans !) se présentait bien ! Deux bonnes nouvelles en quelques jours.

Je devais être à Rennes le 15 mars pour incorporation dans la "Royale", et
Monsieur l'inspecteur des PTT s'annonçait à la maison pour l'examen Amateur.

Il était temps car, si mon grand'père avait eu sa médaille de trentenaire aux Compteurs de Montrouge, j'avais quant à moi réussi au bout de trois mois à récolter un blâme... Quelle honte !
Je ne sais si les Anciens se souviennent, mais en février 56, le thermomètre indiqua -20° et les patineurs s'en donnaient à coeur joie sur le lac du Bois de Boulogne. Motif du blâme : surpris à déguster un Viandox bien chaud, confortablement calé dans le fauteuil, par un Directeur qui faisait visiter le labo à un aréopage de militaires, leur montrant toute l'attention portée à la réalisation et aux réglages des radars.

L'examen
Rappelons, pour nos collègues qui n'ont connu que les Centres d'examen, qu'à cette époque l'inspecteur des PTT se rendait au domicile du futur OM. Cette méthode comportait, à mon avis, quelques côtés positifs. L'inspecteur voyait la station qui allait être bientôt sur l'air, pouvait s'assurer de vos qualités opératoires, plus spécialement en CW. Il pouvait aussi se rendre compte des efforts du candidat (constructions personnelles, dispositifs anti-TVI etc.).
Par ailleurs, si tous n'aimaient pas arpenter toute la semaine les routes de France (et quelquefois les chemins creux...), j'en ai connu qui ne détestait pas cela, généralement bien accueilli par le futur OM qui, en tout bien tout honneur, leur faisait goûter quelquefois les charmes gastronomiques de la région. Une fois l'examen passé bien entendu.

Bien, mais revenons à la station que je me proposais de présenter. A cette époque, pour simplifier, disons que le récepteur était la plupart du temps issu des Surplus (BC312, BC342, AR88...), quant à l'émetteur, il était de construction personnelle et la lampe 807 fleurissait beaucoup !
Pour ma part, BC312, VFO Clapp (pas beaucoup de jus mais bien en vogue pour sa stabilité) sur 3,5 MHz, un étage tampon apériodique, deux doubleurs pour nous amener sur 14 MHz et enfin, au final, la fameuse 807 alimentée sous 500 V/80 mA. A l'époque 50 watts maximum autorisé...
La station se trouvait dans le pavillon des Parents, sur un petit bureau, dans ma chambre...

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Un beau soir de février, coup de sonnette. Cet homme ne m'est pas inconnu, puisqu'il s'agit de celui qui m'a collé tout récemment à ce fameux "2ème classe"... Lui aussi m'a reconnu. "Rassurez-vous ce sera moins dur ce soir". C'est sur cette phrase réconfortante que je lui présente mes composants. Quelques questions d'ordre pratique puis mise en route du récepteur en CW sur 14 MHz. "Calez-vous sur cette station". Ce qui fut fait grâce à mon VFO de haute stabilité. Bien, parfait et, saisissant son sac (grosse besace remplie de papiers), il la dépose, je ne dis pas violemment mais disons lourdement, à quelques centimètres du VFO...
Le beau battement nul s'en est allé, de nombreux kilohertz plus loin...
Désolé (pas tant que moi), Monsieur l'inspecteur m'a fait remarqué qu'il ne pouvait me laisser trafiquer avec un tel outil et que je devais stabiliser sérieusement ou monter un oscillateur à quartz. Ceci ne nous a pas empêché de prendre un "ptit Martini" pour conclure.
"Je vous fais confiance, vous m'appelez quand les modifications seront faites, je repasserai peut-être...".

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André Cuny F8MD était un fervent défenseur de l'Espéranto.

Cela n'a pas pas traîné... quelques jours après une 6V6 pilotée quartz (7025 kHz) entrait en fonction. Coup de fil à l'inspecteur... "Bien, vous aurez bientôt un F2; je peux aussi vous proposer F9OE, le point final risque de se perdre dans le QRM mais ...". Tu parles, n'importe quel indicatif du moment que je puisse pomper !
Un beau matin la licence rose arriva. Le premier QSO fut un allemand en CW... Il y a vraiment des moments où le coeur bat plus vite...

Anecdote
Dans les années 50, les SWL visitaient tous les OM autorisés du coin pour se documenter, mais surtout récolter conseils et... composants non utilisés !
Lorsque la station était prête, il était tentant de faire, malgré l'interdit, un "ptit essai rapide" avec un local...
Mon Parrain F3PR, alors SWL, n'avait pas échappé à cette coutume et, lors d'une rencontre avec F8MD (un des inspecteurs de l'époque) mais dont il ignorait les fonctions, il lui indiqua qu'il attendait la visite des PTT et que sa station fonctionnait bien !
"Savez-vous qui je suis ?" ... F8MD oublia, fit passer l'examen à mon ami Pierre Ribourg qui devint F3PR.
Les lois ne valent que par ceux qui les appliquent ?

02.12.2006

Alors on fait quoi maintenant ?

Le mot sabbatique n'avait pas cours à la maison... Pas question de "glander" au delà du week-end !
N'ayant aucune envie d'aller sur un chalutier du côté de Terre Neuve et toujours bien décidé à obtenir ce "2ème classe", je décidai de devancer l'appel du Service Militaire qui se profilait à l'horizon, ce qui permettait entre autres choses, de choisir la Marine. Il était rare en effet d'être appelé dans la "Royale", les inscrits maritimes,
c'est-à-dire les gars de la pêche et de la marine marchande, suffisaient à pourvoir les besoins.

J'avais aussi rajouté un projet : devenir radioamateur, le passage à l'école dotée de l'indicatif F3HE m'ayant complètement accroché.

En attendant de voguer sur les mers lointaines, la première expérience pro fut Grammont à Malakoff. Rappelez-vous, "Grammont, un nom, un renom !" disait la pub de l'époque. J'ai découvert la chaîne de montage et ses cadences, les crises de nerf et les "surveillantes" qui remplaçaient la personne qui avait besoin de satisfaire un besoin naturel !
C'était l'époque du téléviseur "43cm économique". Je fus affecté au contrôle "sortie de chaine". Les tubes fleurissaient (9 broches/noval et les 7 broches). Le premier travail consistait à s'assurer que la bonne lampe était dans le bon support car dans la précipitation de la chaine... Puis mise sous tension; A vrai dire c'était très souvent une mise à feu...
Les réglages se faisaient dans une cage de Faraday (c'est intime mais pas très paysagé comme lieu de travail). Un certain nombre de récepteurs devaient bien entendu être réglés dans la journée... Mes qualités de dépanneur ne me permirent pas souvent d'atteindre le quota attendu et l'on me versa au contrôle final. Un avantage certain, je sortais de ma cage et repassais à l'air libre !
Armé d'un maillet (en peau de porc pour ne pas abîmer le châssis), je frappais (délicatement bien entendu !) verticalement puis latéralement le dit châssis pour s'assurer avant la mise en ébénisterie, de l'absence de faux contacts... Un coup : plus de son, second coup : du son mais plus d'image... Allez cherche le faux contact mon gars !

Anecdote
De l'autre côté de la rue, une boutique vendait des postes radio et TV Grammont. Certains appareils câblés avec les mêmes composants et réglés en face étaient également proposés avec le sigle Blaukpunt. Combien de fois ai-je entendu "Je préfère Point bleu, c'est allemand et plus sérieux !"

Nous étions fin 1955. Un copain d'école me fit miroiter 50 F de plus par mois (ben oui, 10% de mieux quand même !) et m'entraina aux Compteurs de Montrouge. Plus de télés mais des alidades de radar... L'horizon était gris sale, les fenêtres (avec barreaux verticaux) donnaient sur des murs identiques...
Où étaient les affiches de l'école avec les vahinés ondulant sous le soleil ...

01.12.2006

1955, la dernière ligne droite...

Ce fut une année studieuse, très studieuse, il y avait tellement de temps à rattraper. Du bachotage !

L'examen "radio-navigant" restait le but premier. Dans la catégorie "télégraphiste radio de bord" il en existait trois:

- Le "Spécial" qui limitait l'activité à la grande pêche,

- Le "2ème classe" que je convoitais, lequel permettait d'officier sur les cargos. La "vitesse" de lecture au son était de 80 lettres/minute pour les deux examens, la différence se situant dans les difficultés des questions radioélectriques, de la taxation, et même sur une épreuve de géographie. Nous y reviendrons.

-Le "1ère classe" permettait d'être chef de poste sur un paquebot. La France en comptait un certain nombre en 1955. Les difficultés augmentaient dans tous les domaines (tout au moins pour moi !) et il fallait lire à 125 lettres/minute (en toute modestie cela ne me dérangeait pas) avec épreuves en code et en clair.

J'avais pour ma part tiré un trait sur ce "1ère classe"...

Les épreuves se déroulaient plusieurs fois par an à Paris, Marseille, Nantes, Bordeaux et Nancy si mes souvenirs sont exacts, et il était possible de s'y présenter deux fois par an. Alors pourquoi ne pas tenter l'expérience pour voir un peu, une sorte de galop d'essais ? Ce qui fut fait sans rien dire à personne, sauf aux Parents (il fallait bien verser les frais d'examen !). Nous étions en avril.

L'épreuve de CW fut une simple formalité, et les autres épreuves écrites ne se déroulèrent pas trop mal. Vint l'oral sans gros probléme. Il ne restait plus que l'épreuve pratique de téléphonie. Autrement dit c'était dans la poche !
L'inspecteur des PTT ( j'ai appris plus tard qu'il s'agissait de André Cuny F8MD) mimait la station côtière (Byzerte Radio je crois) alors que j'étais l'opérateur du chalutier Cap Bon (là j'en suis certain, croyez-moi !). Ce fut l'horreur, j'intervertis indicatif bateau avec indicatif côtière, bégayais lamentablement durant la transmission du message et cherchait mes analogies (Ce n'était pas à l'époque Alpha, Bravo, Charly etc mais Amsterdam, Baltimore, Casablanca...)
Ce fut mon premier... naufrage et la belle aventure s'arrêta là.

De retour à l'école, penaud, j'ai tout avoué en regrettant que l'on n'ait jamais fait le moindre exercice en phone, ce qui déclencha une grosse colère du Prof !
Cette expérience me fut néanmoins utile mais si vous m'invitez à partager un couscous (j'adore), ayez je vous prie la délicatesse de ne pas me proposer de l'harissa du Cap Bon, c'est, je crois, la meilleure mais vous feriez remonter de forts mauvais souvenirs !
Je me suis toujours demandé si ce n'est pas de cet accident de parcours que date mon amour de la CW et mon peu d'intérêt pour la phone ?

Juin arriva, j'obtins le CAP de justesse et cette fois le "Spécial" (collé hélas au 2ème classe). Je dis de justesse car à l'oral, deux professeurs voulurent tout savoir sur la détection ! Si le but du système et le principe de la détection diode furent franchis, les autres détections "anodique", "Sylvania" et celle dite "de grille" me laissèrent muet...
Mon Prof de radio (Monsieur Stephani) m'indiqua par la suite que ce n'était guère glorieux, surtout pour un gars qui avait eu la meilleure note sur le sujet de l'écrit (les alimentations). Quelle aimable et stupéfiante révélation !
Bof, sur le papier les fusibles ne sautent guère et les alimentations ne fument pas souvent ! Pourtant depuis plus de 50 ans, combien de problèmes alimentaires ai-je rencontrés... Mes amis F9HS, F6DKW, F1RJ peuvent en témoigner !

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